Médaille de la Fraternité : distinction d’Éduc’Timoun pour l’éducation des enfants en Haïti
Rosemitha, présidente de l’association, à la cérémonie de remise de la Médaille de la fraternité à Rouen le 21 janvier 2026.
Recevoir une médaille pour son engagement est toujours un moment particulier. Mais lorsqu’elle récompense des années de mobilisation pour l’accès à l’éducation des enfants en Haïti, elle prend une dimension encore plus forte.
Le 21 janvier 2026, lors d’une cérémonie organisée au Musée des Beaux-Arts de Rouen, Rosemitha Pimont, fondatrice de l’association Educ’Timoun, s’est vu remettre la Médaille de la Fraternité par la députée Florence Hérouin-Léautey. Cette distinction vient saluer plusieurs années d’engagement en faveur des jeunes d’une localité rurale d’Haïti : Pays-Pourri.
À travers cette interview, Rosemitha revient sur les réalités de l’éducation dans cette région, les actions menées par l’association et les défis qui restent à relever pour offrir aux enfants haïtiens les conditions d’apprentissage qu’ils méritent.
Quand l’engagement pour l’éducation en Haïti est reconnu
Comment as-tu vécu cette cérémonie ?
C’était la première fois que je participais à un événement de cette envergure au nom de l’association.
La salle était remplie à la fois des lauréats et de leurs invités. J’ai été appelée en 19e position sur 20. J’ai eu l’opportunité de remercier la députée et de présenter en une minute notre engagement et le travail de notre association.
J’étais à la fois un peu stressée, fière et profondément reconnaissante : cette médaille signifie beaucoup pour nous et, nous l’espérons, contribuera à une reconnaissance plus large de nos actions menées depuis maintenant quatre ans.
Que représente pour toi la remise de la Médaille de la Fraternité par une députée de ta localité ?
La Médaille de la Fraternité représentait pour moi un véritable point d’étape. C’est une reconnaissance de la part des autorités publiques de l’engagement que nous menons tant dans l’éducation formelle qu’informelle en Haïti.
C’est aussi une reconnaissance de nos actions de sensibilisation à l’interculturalité et à la solidarité auprès des jeunes et du grand public en France. Être l’une des 20 personnes ainsi distinguées sur le territoire normand permet aussi de montrer notre ancrage local et la portée de notre action dans la région.
J’ai reçu cette distinction avec beaucoup de gratitude et une fierté profonde, en me disant que nous avons réussi à accomplir des actions significatives depuis quatre ans.
Cérémonie organisée au Musée des Beaux-Arts de Rouen.
Selon toi, comment ce type de distinction peut aider à rendre plus visibles des causes comme l’accès à l’éducation en Haïti ?
Pendant la cérémonie, l’ensemble du public a pu découvrir notre association et nos projets, et certains ont peut-être été incités à s’informer plus en profondeur après l’événement.
C’est également une opportunité de communiquer sur nos réseaux sociaux, de nos adhérents et de nos donateurs, pour rappeler ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et l’impact que cela a.
Enfin, cette reconnaissance confère une légitimité supplémentaire auprès de futurs financeurs, en donnant plus de crédit à nos actions et en montrant que notre engagement est reconnu par des institutions publiques. »
Quels enseignements personnels tires-tu de cette récompense à ton engagement ?
Cette récompense m’a donné l’occasion de prendre du recul et de mesurer concrètement ce que nous avons accompli jusqu’ici. Elle m’a également appris l’importance de la flexibilité dans la communication : le temps imparti à ma présentation était limité, ce qui m’a obligée à adapter mon discours en fonction de l’attention du public et du moment de mon intervention.
Au départ, j’ai ressenti un peu de frustration, mais j’ai réussi à m’ajuster et à transmettre l’essentiel de notre message.
Éducation en Haïti : les défis quotidiens des enfants de Pays-Pourri
Comment décrirais-tu aujourd’hui la situation de l’accès à l’éducation pour les enfants en Haïti et quels sont, pour toi, les principaux freins à la scolarisation des jeunes haïtiens ?
Aujourd’hui, l’accès à l’éducation en Haïti reste très inégal, surtout dans les zones rurales isolées comme la ville de Pays-Pourri, d’où je suis originaire. Dans ces territoires, les infrastructures scolaires sont souvent insuffisantes et les conditions d’apprentissage peuvent être particulièrement difficiles.
Certaines écoles fonctionnent encore avec des salles de classe en tôle, très chaudes et bruyantes, ce qui complique la concentration et le confort des élèves. Les ressources pédagogiques sont également limitées, aussi bien pour les enfants que pour les enseignants, et le matériel scolaire manque souvent.
À cela s’ajoutent des difficultés liées aux infrastructures essentielles. Dans certaines écoles, il n’y a ni accès à l’eau potable, ni électricité, ni cantine scolaire. Ces éléments peuvent sembler secondaires, mais ils ont en réalité un impact direct sur la qualité de l’apprentissage et le bien-être des élèves.
L’isolement géographique de certaines communautés constitue aussi un frein important. Dans des localités comme Pays-Pourri, les services de base sont rares : il n’y a pas de dispensaire, peu d’activités culturelles ou sportives, et les infrastructures publiques sont très limitées. Cela rend le quotidien des familles plus complexe et fragilise l’ensemble de l’environnement éducatif.
Tous ces facteurs réunis expliquent pourquoi l’accès à l’éducation reste un défi majeur pour de nombreux enfants haïtiens, malgré l’engagement des enseignants et des communautés locales.
L’engagement collectif au cœur du projet Éduc’Timoun
Selon toi, qu’est-ce qui permet à un engagement solidaire de durer dans le temps ?
Pour qu’un engagement solidaire dure dans le temps, tout repose sur l’équipe. Comme on dit, seul on avance, mais ensemble, on va plus loin.
Il est essentiel de savoir s’organiser, répartir les tâches en fonction des compétences et de la motivation de chacun, et déléguer efficacement.
C’est donc le collectif, la mutualisation des efforts, une bonne organisation et une approche participative qui permettent à un engagement solidaire de perdurer.
Comment construisez-vous des partenariats durables et respectueux des réalités locales ?
Dans le cadre du développement durable et de nos actions en Haïti, la présence de référents locaux est cruciale : ils sont nos yeux et nos mains sur le terrain et nous permettent de comprendre la réalité locale.
Il est également important de concevoir les projets non seulement pour les bénéficiaires mais surtout avec eux pour que les actions soient en adéquation avec leurs besoins et leur réalité.
S’entourer de partenaires, que ce soit pour l’accompagnement ou la mise en œuvre de projets communs, renforce la durabilité de l’action.
Comment améliorer durablement l’éducation en Haïti ?
Selon toi, que faudrait-il changer structurellement pour améliorer durablement la situation ?
Pour améliorer durablement la situation, il est essentiel d’adopter une approche globale du développement autour de l’éducation.
Cela passe d’abord par le renforcement des infrastructures scolaires : construire des salles de classe adaptées, équiper les écoles, garantir l’accès à l’eau potable, à l’électricité et à des cantines scolaires.
La formation et l’accompagnement des enseignants sont également fondamentaux pour améliorer la qualité de l’enseignement. Lorsqu’il est possible le déploiement du numérique à travers les Tableaux Numériques Interactifs, propulsé sur le territoire haïtien par l’association Haïti Futur, doit être envisagé pour faciliter l’apprentissage des enfants.
Mais il faut aussi penser l’éducation dans un environnement plus large : l’accès à la santé, à des espaces culturels ou sportifs, et à des services essentiels pour les communautés.
L’objectif doit être de permettre aux enfants d’avoir accès à une éducation de qualité directement dans leur ville ou leur région, sans que les familles aient à envisager l’exil ou la séparation pour offrir de meilleures perspectives à leurs enfants.
L’éducation doit pouvoir se construire au cœur des communautés, dans le respect de leur culture et de leurs réalités locales.
Quels sont les projets ou priorités de l’association pour 2026 ?
Pour 2026, nous avons plusieurs objectifs. En Haïti, nous souhaitons contribuer au projet d’accès à l’eau et à l’assainissement, ainsi qu’au projet de la cantine et du jardin scolaire. Nous prévoyons également de renouveler le camp Lud’Éduc pour sa quatrième édition. Nous aimerions développer un club culturel dans le prolongement du camp, pour proposer des activités aux enfants tout au long de l’année. Nous continuerons également à soutenir la formation des professeurs avant la rentrée.
En France, nous souhaitons renouveler la deuxième édition du festival Educ’Art Solidaire. Même si ce programme a lieu toute l’année, le but est de l’agrémenter d’événements ponctuels comme des projections, des débats, des ateliers de création audiovisuelle binationaux, une exposition d’art visuel et des sensibilisations en milieu scolaire et extra-scolaire. Le thème de cette année sera l’Art d’engager.
Nous souhaitons aussi développer le programme Conscience Inter-Solidaire, qui vise à sensibiliser les jeunes à l’interculturalité et à l’engagement citoyen, notamment dans les quartiers prioritaires et en milieu rural.
Ce programme proposera un parcours d’engagement, de la réflexion à l’action, relié à l’économie sociale et solidaire, et un module intitulé De l’altérité à l’interculturalité pour lutter contre les discriminations et promouvoir le vivre-ensemble.
S’engager pour l’éducation des enfants en Haïti
Que dirais-tu à celles et ceux qui aimeraient s’engager pour l’éducation des enfants mais ne savent pas par où commencer ?
Se mettre en action est le premier pas. Il n’a pas besoin d’être parfait, l’important est d’apprendre au fur et à mesure, de s’entourer de personnes compétentes et de tirer des enseignements de ses erreurs. Beaucoup de projets existent déjà, et il est possible de rejoindre une initiative existante pour contribuer efficacement.
Pour ma part, lorsque j’ai fondé l’association, je me demandais si je n’aurais pas simplement pu rejoindre une autre structure et orienter certains projets existants vers la ville de Pays-Pourri, située en Haïti. Mais j’ai vite réalisé que cette localité était peu connue et que peu d’initiatives y étaient menées.
Certes, de nombreuses associations agissent pour l’éducation en Haïti de façon globale ou pour d’autres villes, mais rien n’était fait pour Pays-Pourri, ma ville natale. C’est pour cela que créer notre propre projet était nécessaire.
Ce qui avait commencé comme une initiative personnelle est devenu un projet collectif avec une vingtaine de bénévoles et un peu moins de trente adhérents.
Rosemitha et sa mère Véronique PIMONT, présidente de l’association.
Si quelqu’un souhaite s’engager, il peut rejoindre un projet existant ou créer le sien, sans craindre d’apprendre au fil du temps. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide, à collaborer. Il faut bien s'entourer et s'inspirer de ce qui a déjà été fait.
Y’a-t-il un message que tu aimerais faire passer aux jeunes haïtiens qui bénéficient des actions de l’association ?
Aux jeunes Haïtiens de Pays-Pourri qui bénéficient de nos actions, je voudrais dire que vous êtes le cœur de notre mission. Nous souhaitons que vous n’ayez jamais à quitter votre ville natale ou à être séparés de vos familles pour accéder à une éducation de qualité. Notre objectif est que vous puissiez recevoir cette éducation, formelle et non formelle, dans votre ville ou à proximité.
Nous espérons, dans une vision de développement durable, contribuer progressivement à votre épanouissement, à votre insertion professionnelle et surtout à votre construction en tant que citoyens. Nous souhaitons que vous soyez fiers de votre ville et que, à votre tour, vous puissiez prendre part à des projets pour développer votre localité.
Pour ma part, en tant que jeune originaire de Pays-Pourri, je peux agir depuis l’étranger pour contribuer au développement de ma ville natale. Mais vous, en restant sur place, vous avez également le potentiel de transformer votre environnement et de participer activement au développement de votre communauté.
Prise de parole de Rosemitha lors de la cérémonie de remise de la Médaille de la Fraternité.
Si tu devais résumer en une phrase ce que l’éducation peut changer dans la vie d’un enfant, quelle serait-elle ?
L’éducation éclaire la vie d’un enfant.
Comme un grand faisceau de lumière, elle éclaire sa compréhension du monde, révèle les obstacles sur son chemin et lui offre l’espoir d’un brillant avenir .
Plus son bagage éducatif est élevé, plus ses chances de succès sont grandes.
Comment soutenir l’éducation des enfants en Haïti ?
Comme le dit Rosemitha dans cette interview, l'éducation en Haïti reste un enjeu majeur, notamment dans les zones rurales comme Pays-Pourri où les infrastructures et les ressources éducatives sont encore très limitées.
Soutenir une association engagée pour l’éducation des enfants en Haïti permet d’agir concrètement sur le terrain : renforcer les capacités des écoles locales, améliorer l’accès à l’eau, former les enseignants et offrir de meilleures conditions d’apprentissage.
Faire un don, c’est contribuer directement à donner aux jeunes de Pays-Pourri les moyens de construire leur avenir et de participer au développement de leur communauté.